Je vous ai informé précédemment du déroulement de la Cène, le dernier repas, au cours duquel Jésus institua la Saint Eucharistie. De ce que le Seigneur fit en particulier à ce moment-là, je vous ai donné un texte tiré des visions de la mystique Bse Anne-Catherine Emmerich qui raconte avec beaucoup de détails les gestes accomplis par Notre-Seigneur : vous faisant remarquer, au passage, les similitudes entre les gestes de Notre Maître et certains de ceux qui sont conservés dans la célébration de la Messe.
Je pense que vous avez pu vous demander : que savons-nous, en fait, des rites de la Messe dans les débuts de l’Eglise ?
Je vous avouerai que j’aurais du mal à répondre à cette question, et cela pour deux raisons.
La 1èrec’est que nous sommes peu documentés sur le détail de ce qui se faisait dans les réunions du service divin au Temps Apostolique et dans les temps qui suivirent immédiatement. Cela tient à ce que les textes apostoliques n’en parlent pas pratiquement…et qu’immédiatement après on arrive à l’ère des persécutions et qu’alors on garde le secret le plus absolu sur ce qui se déroule dans les réunions chrétiennes.
En ce qui concerne le temps des apôtres, il est certain que les chrétiens de Jérusalem (qui avaient continué à suivre les offices de la synagogue jusqu’à ce qu’ils en soient chassés), s’inspirèrent de ces offices qui constituèrent pour eux ce qu’on serait convenu d’appeler maintenant une Avant-Messe. A la synagogue, en effet, se faisait une lecture de la Loi suivie d’un chant, puis la lecture des Prophètes suivie de la Prédication. Ces éléments nous les avons conservés avec une 1èrelecture suivie du chant du Graduel et de l’Alléluia ou du Trait, une 2èmelecture tirée de l’Evangile suivie du Sermon. Pour ce qui est de la Messe elle-même (du Sacrifice Eucharistique) il est sûr que les Apôtres avaient des consignes précises de la part de Jésus : durant la Cène elle-même (nous l’avons vu d’après Catherine Emmerich) et certainement durant les 40 jours qui suivirent la Résurrection de N.S. et qui précédèrent son Ascension, au cours desquels le Maître continua d’instruire ses Apôtres en bien des domaines.
En ce qui concerne les temps qui suivirent celui des apôtres et où se développèrent les persécutions, on possède un texte de St Justin, un courageux chrétien philosophe et apologiste, qui mourut martyr et qui, vers l’an 155, dans sa 1ère Apologie aux empereurs Antonin et Marc-Aurèle décrit sommairement la messe.
Au siècle suivant, on a un récit important « la Tradition Apostolique » composée par St Hippolyte vers 218. Il reproche à ses adversaires de verser dans des innovations et entend, lui, s’en tenir à l’antique tradition. C’est ainsi que son œuvre est un véritable rituel et un rituel romain.
La 2ème raison pour laquelle je ne pourrai répondre à la question que savons-nous des rites de la messe aux débuts de l’Eglise, c’est qu’il faudrait nous lancer à partir de là dans une étude compliquée qui pratiquement ne nous donnerait qu’une connaissance technique n’ayant plus de rapport essentiel avec notre étude plus modeste mais aussi plus axée sur un profit spirituel. Je me contenterai de vous citer une conclusion que donne un ancien cardinal-archevêque de Milan qui occupa le siège avant celui qui devait devenir Paul VI. Ce grand évêque était bénédictin Dom Schuster (lui aussi béatifié par Jean-Paul II) : il a composé un ouvrage très documenté « Liber Sacramentorum » notes historiques et liturgiques sur le Missel Romain. La conclusion que je vous cite est celle qu’il fait sur ‘l’Ordinaire de la Messe’ : « Une tradition romaine que nous constatons être, au Vème siècle, pleinement établie, indiscutée, respectueusement accueillie dans tout le patriarcat papal, attribue au canon une origine apostolique. D’accord avec cette croyance les historiens romains estimaient pouvoir rendre compte dans le ‘Liber Pontificalis’, recueil de notices sur les Papes qui date de 530, des moindres modifications apportées au texte de cette Eucharistia traditionnelle des anciens Pontifes ; en outre les Papes et les écrivains qui en parlent, le font comme d’une prière inaltérée et intangible qui s’impose à l’acceptation de toutes les Eglises. La documentation de chacune des parties de notre canon remonte au moins au Vème s. et nous oblige à l’identifier dans ses grandes lignes, avec celui que les anciens estimaient de tradition apostolique…En répétant, aujourd’hui, pendant la messe, après tant de siècles, la prière consécratoire, nous pouvons être sûrs de prier, non seulement avec la foi de Damase, d’Innocent, de Léon le Grand, mais avec les formules mêmes qu’ils répétèrent avant nous à l’autel et qui avaient déjà sanctifié l’époque primitive des docteurs, des confesseurs et des martyrs. »
J’ai tenu à vous faire connaître ce texte sérieux. A une époque où l’on a dit n’importe quoi en invoquant le retour aux sources, il valait bien la peine de vous le lire…la source a jailli des Apôtres, mais le lit de la rivière s’est élargi, le courant se gonflant de quelques apports des premiers âges chrétiens et de quelques autres ruisselets qui enrichirent notre Messe jusqu’au XIIIème s. Ce qui n’empêchait pas, donc, qu’autour du Canon fixe de la Messe il y avait diversité dans les rites secondaires selon les provinces : cette variété fut longtemps respectée. N’oublions pas, de plus, que l’imprimerie n’existait pas alors, les manuscrits pouvaient subir plus facilement des altérations, et d’autre part les traditions locales avaient une force dont le folklore contemporain ne peut nous donner qu’une faible idée.
Nous devrons voir par la suite, ce que fut l’intervention du pape Saint Pie V au XVIème s. puisque, actuellement, l’on veut faire passer la messe traditionnelle comme étant un produit de ce pape.
Le Temps de la Septuagésime et du Carême va m’incliner à vous faire bien pénétrer dans ce que la Messe a d’essentiel, en contemplant ce que Jésus a voulu véritablement faire et comment l’Eglise nous l’explique : ce qui représente le plus important et le plus profitable du difficile travail que nous avons entrepris ! Que Notre Seigneur ouvre donc les yeux de notre âme. Amen