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17 avril 2017 1 17 /04 /avril /2017 07:19

   « Surrexit, Il est ressuscité ! » Quelle parole, mes frères ! il y a plus de 20 siècles, elle retentit pour la première fois sur un tombeau vide. Un ange la dit à quelques femmes, celles-ci à quelques pêcheurs ; ceux-ci à la cité de Jérusalem. De la cité de Jérusalem elle passa chez les nations et parcourut rapidement la terre entière. Et sous l’action de cette parole tout changeait de face : le vieux monde s’écroulait, les vieilles mœurs tombaient, un monde nouveau s’élevait, des mœurs nouvelles fleurissaient, l’humanité régénérée sentait un sang plus pur circuler dans ses veines. Surrexit, il est ressuscité. Et depuis lors, chaque année, à un jour marqué, l’Eglise répète cette parole. Elle la chante dans ses cantiques, elle la dit dans ses prières, elle la proclame dans ses enseignements, elle la jette avec enthousiasme aux voûtes de ses temples, et les échos sacrés et les voix des fidèles et les instruments religieux la répètent : Surrexit, il est ressuscité !

   A cette parole, la joie renaît dans tous les cœurs, le bonheur se peint sur tous les visages ; le deuil de la sainte quarantaine a disparu ; les autels se couvrent de fleurs, les prêtres et les lévites entonnent de nouveau leurs chants d’allégresse. Pourquoi cette joie universelle ? Pourquoi ? C’est que la résurrection de Jésus-Christ est la pierre angulaire du christianisme. Il est ressuscité ! Tout est là. Jésus-Christ est ressuscité, notre foi est certaine, notre espérance est assurée, notre religion est divine.

   La résurrection de Jésus-Christ est le gage et le modèle tout à la fois de notre résurrection future, et voilà la pensée qui met le comble à notre bonheur. Jésus-Christ est ressuscité, donc nous ressusciterons nous aussi, et dans les mêmes conditions et avec la même gloire. Que notre chair tombe en poussière, ne nous en inquiétons pas outre mesure. Un jour elle se relèvera vivante et glorieuse.

Jésus-Christ a pu se ressusciter lui-même, il pourra nous ressusciter nous aussi. C’est par lui-même et par sa propre vertu qu’il est ressuscité. Aucune voix mortelle, aucune voix divine, aucun prophète, aucun ange ne lui a dit : Levez-vous ! Aucune main étrangère n’a délié ses bandelettes ou écarté son suaire. Seul dans le silence de la nuit il a brisé les portes de la mort, seul il l’a terrassée et vaincue. Ce qu’il a pu pour lui, ne le pourra-t-il pas pour nous ? Il nous l’a promis d’ailleurs : « Je suis la résurrection et la vie ; celui qui croit en moi, alors même qu’il serait mort, vivra, et tout homme qui vit et croit en moi ne mourra pas à tout jamais.

   Ecoutez l’apôtre saint Paul sur ce sujet. Il n’est pas de vérité à laquelle il tienne davantage qu’à la résurrection du Sauveur. Pour défendre cette vérité capitale, pour la faire accepter des peuples, il n’est rien qu’il ne soit prêt à faire ou à souffrir. Cette vérité, il la prêche devant les Juifs, devant les païens, devant les Grecs, devant les Barbares, à Athènes, à Rome, dans les synagogues et dans l’Aréopage, sous les verges et dans les cachots. Pour cette vérité il endure les travaux les plus pénibles, pour elle il donnera son sang.

   « Haec dies quam fecit Dominus, exultemus et laetemur in ea. » Ce jour est vraiment le jour que le Seigneur a fait. Jésus-Christ sortant du tombeau nous dit : « Voyez-moi. Ce que je suis, vous le serez un jour. Je sors vivant de la tombe, vous en sortirez un jour. Je suis le premier d’entre les morts. Après les prémices viendra la moisson…mais dans cette moisson immense, il y aura de la paille, il y aura du bon grain. Puissions-nous n’être pas la paille, la paille destinée au feu ! Que nous soyons plutôt, ô mon Dieu, que nous soyons le bon grain réservé pour le ciel. Amen, Alléluia !

 

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15 avril 2017 6 15 /04 /avril /2017 10:41

   Tout être humain éprouve deux besoins plus fondamentaux que n’importe quels autres. Nous avons besoin d’être aimés, et nous avons besoin d’aimer. La raison en est que nous sommes créés à l’image et à la ressemblance de Dieu, et Dieu est amour. La Très Sainte Trinité, c’est l’amour de Dieu, pleinement vivant, chaque Personne, Père, Fils et Saint Esprit aimant les autres et étant aimée des autres. C’est à cette image-là que nous sommes créés ; nous sommes faits pour suivre cet exemple.

   Nous pouvons posséder tout l’or du monde, toute la popularité, la puissance et le succès possible et imaginable, mais si nous ne sommes pas aimés profondément, simplement pour ce que nous sommes, librement, et si nous n’aimons pas un(e) autre au point de nous sacrifier nous-mêmes pour lui (elle), nous serons des misérables.

   Jésus connaît notre double besoin fondamental. Par sa souffrance et sa mort, sa Passion qui commence ce soir, il y a pourvu. Saint Jean nous dit :

« Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’au bout. »

   Ceci veut dire que Jésus nous a donné la preuve ultime, par sa Passion, de son amour sans bornes pour chacun de nous. Et ce soir, en ce Jeudi Saint, il nous a fait trois dons dans le prolongement de sa Passion tout au long de l’histoire.

- Il nous a donné l’Eucharistie, sa Présence réelle qui nous nourrit en chaque tabernacle, lors de chaque communion.

- Il nous a donné le sacrement de l’Ordre, comme une multiplication sacramentelle, à travers le temps et l’espace, de son propre amour miséricordieux.

- Et il nous a donné le commandement du véritable amour, pour que nous sachions comment aimer en vérité, sans retour sur nous-mêmes, comme quand il a lavé les pieds de ses disciples.

 

   Par ces dons éternels, inestimables, Dieu nous sauve, répondant aux deux besoins fondamentaux de tout cœur humain.

Chacun de ces dons répond à nos deux besoins les plus profonds. Prenons, par exemple, le sacrement de l’Ordre. Le sacerdoce, c’est la manière que Dieu a choisi pour être présent dans notre vie comme maître, comme père et comme guide, sans pour autant nous envahir. Il envoie sa grâce par les prêtres, des hommes en chair et en os avec qui nous pouvons entrer en relation. Plus question de coups de tonnerre et de nuées de feu et de fumée, comme dans l’Ancien Testament. Dieu se met à notre niveau, pour pouvoir nous élever à son niveau.

   Voilà le don que le Christ nous a laissé dans le sacrement de l’Ordre : une assistance puissante, sacramentelle, vivante tout au long du chemin difficile de la vie, un don qui, à la fois, prouve que nous sommes aimés et qui fortifie notre amour.

C’est au cours de cette nuit que Jésus nous a fait ces grands cadeaux. La meilleure manière, peut-être, de le remercier, c’est de prendre du temps au cours des jours qui vont suivre, pour vraiment en profiter, pour en faire bon usage. C’est de permettre à ces dons de répondre à nos besoins les plus profonds en ouvrant notre cœur avec courage au Christ.

   Le premier besoin, c’est celui d’être aimé. Si nous ne savons pas que nous sommes aimés de manière inconditionnelle, pleinement, de fond en comble, simplement pour ce que nous sommes, il est pratiquement impossible pour nous de pouvoir aimer en retour, comme nous y sommes appelés parce que nous sommes à l’image de Dieu. Et plus nous savons que nous sommes aimés, plus nous sommes fortifiés, et plus nous devenons capables d’aimer en retour. Nous avons tous pu en faire l’expérience, même au niveau purement humain. Quand nous nous savons aimés, nous sommes forts.

   Eh bien, permettons à Jésus de nous assurer de son amour pour nous tout au long de ce temps, en priant, en lisant, en réfléchissant, en participant à la liturgie, en recevant les sacrements. Mais ne nous arrêtons pas en si bon chemin. Nous tous qui sommes ici ce soir, nous avons tous pu faire déjà l’expérience de l’amour du Christ pour nous, au moins un peu, même si nous avons besoin d’en faire l’expérience toujours plus.

   Mais je suis sûr que chacun de nous connaît quelqu’un qui n’en a jamais fait l’expérience, ou qui n’en a plus fait l’expérience depuis longtemps. Soyons des chrétiens véritables, authentiques pour ces gens, de vrais disciples du Christ en ce temps de Pâques. Prions pour eux, allons à leur rencontre, en leur lavant les pieds d’une manière ou d’une autre, pour leur permettre de faire l’expérience de l’amour du Christ par notre amour à l’image de l’amour du Christ. Jésus n’est-il pas mort pour eux aussi ? Son amour qui sauve est beaucoup trop précieux pour que nous nous contentions de le garder pour nous-mêmes. Amen

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3 avril 2017 1 03 /04 /avril /2017 11:37

Un des auteurs liturgistes auquel je me réfère pour vous parler des rites et des prières de la messe invite ses lecteurs à faire une comparaison entre le plan d’une église des premiers siècles du christianisme et la disposition de la Messe.

Ce qu’on appelle encore à Rome, les basiliques, s’inspiraient elles-mêmes du plan des maisons importantes ou des édifices publics. Leur nom lui-même l’indique : basilique, mot d’origine grecque signifiant demeure royale. Certaines de ces basiliques chrétiennes sont encore selon ce plan. Deux grandes parties : l’atrium et le sanctuaire particulier.

L’atrium était une vaste cour entourée d’un couloir couvert mais donnant sur cette cour par une multitude de piliers. Pratiquement c’est de cette disposition que se sont inspirés ce qu’on nomme les cloîtres. A Saint Paul hors les murs, on trouve ce vaste atrium. Plus tard, on se contenta de faire précéder l’entrée dans le sanctuaire d’un seul portique à piliers appelé péristyle. Ce péristyle finit lui-même par être clos par une façade et devint un vestibule. Dans certaines de nos églises romanes on a quelque chose d’équivalent qui s’appelle un narthex.

Pour notre auteur, c’est donc l’atrium, ou le péristyle ou le vestibule qui représente la première partie de la messe appelée de différents noms : Avant-Messe ou Messe des Catéchumènes - dans la nouvelle Liturgie on l’appellera la Liturgie de la Parole.

Ce vestibule de la Messe (appelons-le, selon la forme traditionnelle : la Messe des Catéchumènes - nous verrons pourquoi) comprend deux parties :

-dans la première l’homme va à la rencontre de Dieu

dans la seconde, Dieu se penche vers l’homme.

-dans la première, l’homme parle à Dieu par sa prière

dans la seconde, Dieu parle à l’homme par l’enseignement.

Ainsi devons-nous accomplir deux actes : ils s’expriment en deux mots : Je PRIE - J’ECOUTE.

Commençons par l’étude de la première PARTIE : l’homme va à la rencontre de Dieu - il lui parle par la prière -

Malgré qu’à la grand’messe du dimanche, les prières au bas de l’autel ne se disent qu’en dialogue secret du célébrant et des servants, pendant le chant de l’Introït, je voudrais tout de même vous en entretenir, car elles ont lieu à toutes les messes de semaine dites messes basses ou messes lues.

Ces prières au bas de l’autel sont d’origine relativement récente et n’ont pris un caractère obligatoire que depuis Saint Pie V. La raison en est qu’elles sont avant tout des prières à l’usage du célébrant. Cependant, comme elles sont devenues communes au prêtre qui célèbre et à l’assistance des fidèles, il sera bon d’en saisir le sens et la portée. Ces prières sont essentiellement constituées du Psaume 42 et du Confiteor (le Je confesse à Dieu).

Le psaume 42 est le chant d’un Juif exilé plein de nostalgie au souvenir du Temple de Jérusalem qu’il aspire à revoir. L’antienne qui le précède donne tout son sens à cette prière choisie pour se préparer à la Messe : « Je vais entrer jusqu’à l’autel de Dieu, près du Dieu qui réjouit ma jeunesse »

Saint Ambroise rapporte qu’à Milan dont il était évêque, ce psaume accompagnait la procession des nouveaux baptisés depuis le baptistère jusqu’à l’église où ils allaient pour la première fois assister au sacrifice de la Messe et y communier. Quel rapprochement à faire ? Le prêtre et ses fidèles ne vont-ils pas, par la Messe, renouveler la jeunesse de leur vie commencée au baptême !

De plus, le psaume décrit la lutte entre deux puissances qui sont en nous et que l’on retrouve dans le monde qui nous enserre : « Faites, ô mon Dieu, le départage de ma cause d’avec cette nation qui n’est pas sainte : de l’homme inique et fourbe délivrez-moi » ;

Nous avons franchi le seuil de l’église, laissant derrière nous le monde corrompu et sa fourberie - mais en nous aussi il y a le mal et nous aimons nous tromper nous-mêmes - il n’y a que la lumière (la grâce) et la vérité du Seigneur (la foi) qui désormais vont nous conduire vers la sainte montagne, l’Autel et le Calvaire.

Une démarche s’impose donc : la purification. Et voilà le Confiteor : il a un sens très dramatique. En deux actes, il représente une scène de jugement : cf Dom Pius Parsh ‘la Sainte messe expliquée’ page 70 :

Nous sommes transportés dans le ciel devant le trône du Souverain Juge ; autour de lui sont rassemblés tous les saints, nous y apercevons les plus éminents : la Très Sainte Vierge, le chef des armées célestes saint Michel, le précurseur saint Jean-Baptiste, les princes des apôtres saint Pierre et saint Paul. Nous sommes là devant eux, ils me regardent et m'accusent d'être devenu infidèle à la grâce de mon baptême ; je me sens devenir de plus en plus petit, au point que je voudrais m'enfoncer sous terre. « C'est par ma faute, c'est par ma faute, c'est par ma très grande faute. » Voilà le point culminant ou plutôt le plus profond de toute la prière, c'est le bassin où se déversent les flots de repentir.

Maintenant arrive un brusque changement, le deuxième acte : les mêmes saints qui étaient mes accusateurs ne me regardent plus d'un air sévère, ils se sont tournés vers le trône de Dieu, ils deviennent à présent mes intercesseurs et mes défenseurs. Je les vois supplier le Juge tout puissant de m'accorder son pardon. Tel est le drame magnifique du Confiteor.

 

Remarquons que les deux versets qui suivent le Confiteor sont empruntés au psaume 84 qui revient souvent pendant le Temps de l’Avent :

« Ô Dieu, (si vous vous tournez vers nous), vous nous donnerez la vie, et votre peuple se réjouira en vous ;
Montrez-nous, Seigneur votre miséricorde et donnez-nous votre Salut ! »

Le salut n’existe pas sans le Sauveur : c’est lui que Dieu notre Père va nous donner dans cette Sainte Messe qui commence comme il l’a donné à nos pères après la longue attente des siècles, le grand Avent que nous revivons chaque année avant Noël. Ne manquons pas la rencontre, ne manquons pas le Don. Amen

 

 

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27 mars 2017 1 27 /03 /mars /2017 17:30

Voici nos horaires pour la Semaine Sainte 2017 :

 

  • Jeudi-Saint : 8h Laudes

18h30 Messe solennelle de la Cène – Adoration jusqu’à 24h

  • Vendredi-Saint : 8h Laudes

    15h Chemin de Croix

    18h Office et Adoration de la Croix

  • Samedi-Saint : 8h Laudes

    22h30 Vigile Pascale

     

    -Dimanche de Pâques et Lundi : 10h Grand’messe

    16h Vêpres et Salut du Saint-Sacrement

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27 mars 2017 1 27 /03 /mars /2017 07:31

Comme je vous le promettais dimanche dernier, je vous dois quelques remarques complémentaires (et qui vont peut-être vous surprendre) au sujet de l’aspersion et de l’eau bénite.

1. L’aspersion du dimanche constitue ce qu’on appelle un ‘sacramental’, rite qui ressemble à un sacrement mais qui n’agit pas directement comme le fait un sacrement. Le sacramental obtient des grâces de repentir, de force, de santé. Il remet indirectement par la contrition qu’il peut nous obtenir les péchés véniels et nous en préserve. Il a donc une action en conséquence des bonnes dispositions de ceux qui s’en munissent.

Appliquez-vous donc pour arriver avant le début de l’aspersion, et dans ce cas vous pouvez vous abstenir de prendre de l’eau bénite à votre arrivée à l’église. Il est inutile de multiplier des gestes qui ont la même portée : il est préférable de les exécuter avec une meilleure grande attention.

2. Ne faites pas de signe de croix avec l’eau bénite en sortant de l’église. Ce la n’a plus de sens. C’est un peu comme si vous vous serviez du paillasson en sortant de la maison !

3. Par contre, ayez soin d’avoir de l’eau bénite chez vous et de vous en servir, chaque jour. Dans beaucoup de maison on a conservé de jolis bénitiers : garnissons-les. C’était jadis un des souvenirs qu’on offrait à la Communion solennelle. Pourquoi ne pas y penser à l’occasion.

4. Il est bien sûr infiniment regrettable qu’en de nombreuses églises on ne trouve pas d’eau bénite dans les bénitiers. Il ne faut pas avoir peur d’en faire la remarque au clergé, si l’opportunité se présente.

5. Ici vous pouvez toujours vous procurer de l’eau bénite. Mais de préférence venez la demander à la sacristie, car celle qui est dans les bénitiers n’est pas garantie de propreté absolue. Or je connais certains fidèles qui n’hésitent pas à boire un peu d’eau bénite quand ils ressentent quelque malaise. Je n’en dissuaderai personne, mais mieux vaut le faire avec de l’eau bien propre…

Dernière remarque, avec cette opportune citation : « C’est une sainte coutume de conserver de l’eau bénite chez soi pour s’en servir dans les dangers et les tentations, en se couchant et à son réveil : mais qu’on prenne cette eau sainte à l’église ou dans sa demeure, il faut toujours le faire avec foi, respect, confiance et douleur du péché. »

En ce jour de joie au milieu du Carême, réjouissons-nous de ce que nous offre la Sainte Eglise pour assurer notre salut…Amen

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20 mars 2017 1 20 /03 /mars /2017 06:31

Nous pénétrons aujourd’hui dans le vif du sujet que je me suis proposé de vous présenter cette année : l’explication des rites et des prières de la Messe.

Pour ce faire, je vais suivre de préférence le déroulement habituel de nos messes dominicales auxquelles vous participez.

Le premier rite de la messe est l’aspersion de l’Eau Bénite.

L’Eau Bénite appelée plus savamment Eau Lustrale est d’un usage très ancien dans l’Eglise. Ce n’était pas à proprement parler, pour elle, une innovation. Les cultes païens étaient coutumiers des « lustrations », emploi d’eau qui accompagnait les sacrifices d’expiation ; l’entrée des temples romains était munie de vasques pour le lavement des mains. Les purifications de la loi de Moïse comportaient l’emploi de l’eau.

Le Missel porte l’indication que cette bénédiction de l’eau doit se faire chaque dimanche avant la messe, à la sacristie. Mais dans la plupart des paroisses avait prévalu l’usage de la faire au chœur de l’église. Dans un ouvrage excellent écrit par un certain Pierre Lebrun, prêtre de l’Oratoire, publié en 1716, cet auteur note « Cet usage est plus conforme à l’antiquité et paraît faire plaisir au peuple » Temps béni, lui aussi, où le peuple fidèle ne se sentait pas pressé d’en finir le plus rapidement possible avec le culte de Dieu. Pour ma part, j’ai gardé l’usage de cette bénédiction solennelle le premier dimanche de l’Avent.

Comment se fait l’eau bénite ? On prend d’abord du sel que l’on exorcise, puis que l’on bénit. Puis de l’eau que l’on exorcise et que l’on bénit également. On fait ensuite le mélange de l’eau et du sel en faisant tomber celui-ci dans l’eau au nom de la Sainte Trinité, donc par trois fois. Enfin une longue oraison détaille les applications bienfaisantes de l’eau ainsi préparée.

Considérons les matières employées ici :

-le sel : c’est sa vertu propre de préserver de la corruption

-l’eau : c’est sa vertu propre que de laver

Voilà donc des signes parlants. Ces deux matières sont exorcisées, c’est-à-dire qu’il leur est commandé de ne pas nuire aux hommes et de devenir, au contraire, utiles à leur salut. « Les premiers chrétiens, dit le Père Lebrun, étaient vivement persuadés du pouvoir que Dieu avait laissé au démon sur les créatures et de la nécessité de lui ôter ce pouvoir par l’autorité de Jésus-Christ ; c’est pourquoi ils faisaient des signes de croix sur toutes les choses dont ils se servaient.

Il va de soi que l’eau bénite, employée pour éloigner l’influence satanique doit être soustraite à ses menées. D’après les prières employées, on voit qu’on a lieu d’attendre quatre effets de l’eau bénite :

-chasser le démon des endroits qu’il a pu infecter et faire cesser les maux qu’il a causés.

-l’éloigner de nous, des lieux que nous habitons et de tout ce qui sert à notre usage.

-servir à la guérison des maladies.

-nous attirer la présence et le secours du Saint Esprit pour le bien de notre âme et de notre corps.

Le rite de l’Aspersion

Le prêtre entonne l’antienne Asperges me tirée du psaume 50 composé par le Roi David afin d’exprimer son repentir à la suite du meurtre prémédité de son général Urie dont il désirait épouser la femme. Il y est question d’aspersion avec l’hysope : petit arbrisseau dont les feuilles pressées et touffues pouvaient retenir les gouttes d’eau, comme on le fait chez nous avec les rameaux de buis.

A l’église le prêtre se sert d’un petit instrument appelé goupillon, actuellement petite pomme de métal trouée fixée au bout d’un manche. Jadis on se servait d’une queue de petit renard (ce nom ‘renard’ donné à l’animal que chacun connaît est récent : il lui vient d’un roman du moyen-âge français dans lequel l’auteur donne des surnoms aux animaux. Jusqu’à ce moment-là notre renard s’appelait goupil et un petit renard goupillon : d’où le nom laissé à l’aspersoir qui fut donc d’abord une queue de renardeau.)

Le prêtre touche son front de l’aspersoir, asperge l’autel, puis ses ministres immédiats et se rend parmi l’assistance. L’aspersion se termine par une oraison demandant la présence agissante de l’Ange de l’Eglise auprès des fidèles qui y sont rassemblés.

Il me reste à faire quelques remarques au sujet de l’aspersion et de l’eau bénite, mais ce sera pour la prochaine fois. Amen

 

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20 mars 2017 1 20 /03 /mars /2017 06:28

Dans les dispositions extérieures qui conviennent pour procéder au Saint Sacrifice de la Messe, nous avons passé en revue les linges d’autel requis, puis nous avons commencé à parler des ornements que porte le prêtre, et j’ai mentionné en premier les plus visibles : l’étole et la chasuble. Je vous parlerai maintenant des autres ornements, et dans l’ordre où le prêtre les revêt !

+L’amict, d’abord : du latin amictum qui vient du verbe amicere qui veut dire couvrir. Il serait le rappel du foulard qu’on mettait autour du cou afin d’empêcher les rhumes dans les basiliques primitives non chauffées. Il servit de couvre-chef : les moines le portent encore à la manière d’un capuchon sur la tête ; (usage que j’ai moi-même conservé). De là sans doute le geste qu’accomplit le prêtre : avant de le rouler autour de son col, il le pose sur la tête en disant ces paroles : imposez à ma tête, Seigneur, le casque du salut pour repousser les incursions du diable. « La Messe est un combat singulier avec l’esprit du mal : elle renouvelle et applique le sacrifice par lequel le Christ lui a arraché l’empire des âmes ».

+L’aube : du latin alba, vêtement blanc. C’est la grande robe blanche que déjà portaient les lévites juifs dans le Temple de Jérusalem, mais aussi le vêtement de distinction que portaient dans l’empire romain les personnes de qualité. Il est évident qu’en l’adoptant définitivement l’Eglise le prenait pour la dignité de la Maison de Dieu. Sa couleur indique la pureté, aussi la prière qui accompagne le revêtement de l’aube est celle-ci « Revêtez-moi de cette blancheur et purifiez mon cœur Seigneur : étant lavé dans le sang de l’Agneau que je jouisse des joies éternelles ». La suite du texte de l’Apocalypse, que nous lisons à la Toussaint, nous représente les élus revêtus de robes blanches, parce que ceux qui les portent sont passés par une grande tribulation et ont blanchi leurs robes dans le sang de l’Agneau : heureux rappel qu’on ne se sauve qu’en acceptant de souffrir avec Notre Seigneur Jésus-Christ.

+Le cordon : il tient lieu de ceinture, permettant à l’aube de ne pas flotter. Il fallait de plus cette ceinture pour relever la robe longue, tant pour marcher que pour vaquer aux occupations courantes. Jésus en parle dans une de ses paraboles : ayez votre ceinture aux reins pour que, quand le Maître reviendra, vous puissiez le servir. Les reins étaient considérés dans l’Antiquité comme le siège de la sensualité. Aussi, en passant le cordon autour de sa taille le prêtre prononce cette prière : «Ceignez-moi, Seigneur, de la ceinture de pureté et éteignez dans mes reins le flux de la sensualité pour que demeure en moi la vertu de continence et de chasteté. »

Je fais remarquer ici que dans la nouvelle manière de se vêtir les prêtres ne portent plus ni d’amict ni de cordon (toutefois ce dernier fait timidement sa réapparition) ; quant à l’aube elle est remplacée généralement par une sorte de vêtement flottant qui a pour mission de cacher la tenue profane qui est habituelle sans pour autant faire disparaître les pattes de pantalon qui apparaissent sur une hauteur variable…ce qui n’a rien de très distingué ! Evidemment, il n’y a plus lieu d’employer les magnifiques formules qui accompagnent ces divers revêtements dont nous avons parlé, et qui étaient un précieux rappel pour les ministres de l’autel.

+Le manipule : c’est mappula romaine, serviette ou grand mouchoir qu’on attachait à son bras quand on se mettait au travail afin d’éponger sa sueur, d’un revers de bras. Transformé en ornement chez les Romains, il est devenu une double bande que le prêtre porte à son bras gauche. En le prenant il dit : « Que je mérite, Seigneur, de porter une gerbe de pleurs et de douleurs afin que je reçoive avec une joie débordante la récompense de mon travail ». Le manipule est donc le symbole du labeur de l’apôtre, de ses souffrances. Inutile de préciser qu’il a disparu de la tenue liturgique. C’est normal : on ne célèbre plus le sacrifice du Calvaire, on fait la fête !

C’est ensuite que le prêtre termine son habillage, en prenant l’étole et la chasuble, avant de se rendre à l’autel.

Pour finir je vais juste mentionner la chape, qui est, en fait le même ornement que la chasuble, une pièce d’étoffe circulaire, mais cette fois ouverte, pour dégager les mains et les bras. On l’appelle aussi pluvial, car elle était utilisée principalement lors des processions, pour protéger de la pluie. Et c’est donc elle qui est utilisée par le prêtre pour toutes les fonctions liturgiques autres que la célébration de la Messe. Nous poursuivrons dimanche prochain. Amen

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6 mars 2017 1 06 /03 /mars /2017 06:39

   Ayant commencé de vous parler des rites et des prières de la Messe, sujet de nos instructions au cours de cette année, j’ai voulu préalablement vous indiquer certaines dispositions qui conviennent pour offrir le Saint Sacrifice.

Nous avons présenté les dispositions matérielles : elles concernent le lieu aménagé pour célébrer le Saint sacrifice, c’est-à-dire les églises et le matériel qu’elles renferment. Je ne m’y attarde pas davantage.

   D’autres dispositions sont appelées ‘intérieures’. Celles-ci concernent par priorité les prêtres qui célèbrent la messe. L’état de grâce est la disposition habituelle que le prêtre doit apporter au sacrifice. St Paul dit qu’avant de recevoir le corps et le sang du Seigneur, il faut s’éprouver soi-même afin de faire le discernement entre le pain eucharistique et le calice d’avec la nourriture habituelle que s’accordent indistinctement les justes et les pécheurs.

   Il va de soi que les fidèles sont tenus à la même disposition s’ils doivent communier, et que, s’ils devaient simplement assister à la messe, ils n’en tireraient leur plein profit, même dans ce cas, que par l’état de grâce.

   Il est instamment, de plus, recommandé au prêtre de se préparer à la Messe par la prière dont la forme la plus élevée est la récitation de l’office (c’est ainsi que font les moines) ou tout au moins ce qu’on appelle l’oraison, prière personnelle dans laquelle le prêtre apporte des considérations sur la grandeur de ce qu’il va faire. Là encore, les fidèles auront avantage à « préparer » leur messe, eux aussi.

   Il y a enfin des dispositions ‘extérieures’ : elles touchent particulièrement les objets qui serviront au sacrifice et les ornements que revêtira le prêtre pour cette fonction.

-vous voyez, en ce moment sur l’autel le voile qui recouvre le calice. Il est de même couleur que l’ornement du jour. Il sert avant tout à une présentation digne et agréable. De côté se trouve la bourse, elle aussi de la couleur du jour, pochette à soufflet, pour y déposer le corporal ; le corporal est étendu sur l’autel sous le calice. C’est une petite nappe carrée. Elle tire son nom de l’office qu’elle remplit : recevoir après la consécration le Corps du Seigneur.

Sous le voile du calice est dissimulé le calice, lequel est recouvert d’un linge, posé à cheval, nommé purificatoire qui sert à l’essuyer ; sur le purificatoire repose la patène, petit plat qui soutient l’hostie, qui sera mis de côté après l’offrande de l’hostie et repris seulement au moment de la fraction de l’hostie ; sur la patène est posée la pale un linge tendu sur un cartonnage pour lui assurer rigidité. La palle (=couverture) sera posée directement sur le calice à partir du moment où celui-ci contiendra le vin.

-la société civile a des habits distincts pour les différentes fonctions exercées par ses responsables ou ses dignitaires. La société chrétienne use d’ornements particuliers dans le plus saint de ses ministères. En général les ornements actuels sont hérités des habits ou pièces de lingerie datant de l’époque romaine :

+L’étole, du latin stola qui veut dire robe. En fait l’étole n’a plus du tout cette forme. Il semblerait que l’étole a remplacé un châle que portaient les orateurs et qui devint chez les chrétiens un vêtement de prière. De fait l’étole n’est portée que par l’évêque, le prêtre et le diacre qui ont tous trois à accomplir le ministère de la parole. C’est un insigne distinctif d’autorité spirituelle. Cependant la prière dite pendant son revêtement garde le caractère de grand vêtement à l’étole : « Rendez-moi, Seigneur, la robe d’immortalité que j’ai perdue dans la prévarication de notre premier père, et bien que je sois indigne je m’approche de vos mystères sacrés, que je mérite donc néanmoins le joie éternelle »

+La Chasuble, du latin casula, petite maison. C’était le grand manteau dans lequel s’enfermaient les Romains. Grande pièce de tissu ronde avec un trou pour passer la tête. Quand on avait à agir, il fallait relever ce grand manteau sur les bras : c’est pourquoi il fallait le soutenir aux encensements, à l’élévation : gestes qui sont encore employés (s’il y a des servants !) mais qui n’ont plus guère d’utilité vraie étant donné qu’on a progressivement échancré la chasuble pour l’alléger jusqu’à cette forme qu’on a baptisé « boîte à violon » où il ne reste plus que deux pans d’étoffe qui reçurent par contre de précieuses décorations.

   Symboliquement la chasuble représente le joug du Christ que doit porter le prêtre et la charité dont il doit être enveloppé. Ainsi s’exprime la prière : « Seigneur qui avez dit : mon joug est suave et mon fardeau léger, faites que je puisse le porter de telle façon que j’obtienne votre grâce »

   Voilà le prêtre revêtu de la justice comme dit le psaume 131, c’est-à-dire des vertus convenables à son ministère. Mais vous comprendrez aisément que les dispositions intérieures des fidèles doivent se rapprocher de ces vertus propres au Sacrifice qu’ils offrent avec Jésus et son représentant :

le combat, nécessaire contre les perfidies diaboliques,

la pureté

la maîtrise sur la sensualité qui fait hélas dériver le spirituel

le courage et la ponctualité au service de Dieu

la dignité de la vocation chrétienne

le joug de la foi et de la loi qu’il faut s’appliquer à l’autel et ensuite dans les détails de la vie.
   C’est bien là qu’on se rend compte qu’entre autres choses que nous aurons à découvrir ou à retrouver, la Sainte Messe est une école parfaite de la sanctification de notre vie. Amen

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6 février 2017 1 06 /02 /février /2017 07:28

   « Veniet ad Templum suum, Angelus testamenti quem vos vultis »

Ce texte du prophète Malachie commence en faisant mention de deux « Anges » différents. Voici que j’envoie mon Ange devant ma face et il préparera la voie, et aussitôt viendra à son Temple l’Ange de l’Alliance que vous désirez.

Si l’Eglise choisit en ce jour ce texte du prophète c’est qu’il a pour elle un rapport avec la fête d’aujourd’hui. Nous remarquerons d’abord que le mot Ange est ici employé non pour désigner un de ces esprits célestes qui sont au service de Dieu. Le mot Ange est employé au sens large qui correspond à ce qu’il signifie originellement « Envoyé ».

Vous vous souvenez peut-être que nous avons préparé notre Noël justement avec le prophète Malachie dont le nom signifie aussi envoyé, messager.
   Ce premier Ange, ce premier ‘envoyé’ qui prépare la voie devant la face de Dieu, c’est évidemment St Jean-Baptiste, le Précurseur de Jésus. Lui-même, Jésus, a appliqué ce texte à son précurseur : nous lisons cela à l’un des dimanches de l’Avent. Jésus interroge la foule : qu’êtes-vous allés voir dans le désert, et après plusieurs réponses, Jésus affirme c’est celui dont il est écrit : Voici que j’envoie mon Ange devant ta face, qui préparera la voie devant toi.

   L’autre Ange, maintenant, l’autre envoyé, l’autre messager. Il est clair que c’est Jésus lui-même. Avant de lui donner le nom d’Ange, le prophète l’appelle le Dominateur que vous cherchez. Combien de fois, quand Jésus se sera fait connaître, ne sera-t-il pas sollicité d’accepter d’être le Roi jusqu’au jour des Rameaux où il est acclamé Roi d’Israël.

Hélas ! il ne faudra que quelques jours pour retrouver cette foule qui conduira son roi au supplice de la Croix. Mais ce qu’on ne pourra pas empêcher c’est qu’il est l’Ange de l’Alliance. Nous le chantions à la Messe de Noël, messe du Jour : « il sera appelé l’Ange du Grand Conseil ». Comment imaginer ce Grand Conseil divin dans lequel il n’y a que trois personnes…mais quelles personnes : la Sainte Trinité. Le conseil statue que l’une des personnes descendra sur cette pauvre terre qui attend un Sauveur. La décision c’est que ce sera la 2ème des 3 personnes, le Fils, le Verbe, la Parole éternelle. C’est elle qui nous parlera : ce sera notre messager, l’Ange, l’envoyé. Et l’Ange de l’Alliance, car il s’agit de remettre en état l’union de Dieu et des hommes. Et c’est bien cela que Jésus accomplira et consommera quand le soir du Jeudi-Saint, il montrera à ses apôtres le Calice de son Sang, le Sang de la Nouvelle et Eternelle Alliance, dira-t-il, qui sera répandu le lendemain.

   En attendant ce grand jour, cher petit Jésus qui n’avez encore que 40 jours de vie sur terre, aujourd’hui où nous fêtons votre Présentation au Temple, nous nous réjouissons de l’offrande que vous venez y faire dans les bras de votre Maman.

   Puisque le prophète Malachie dit que vous venez pour purifier comme le fondeur qui fait fondre et épure l’argent, nous vous demanderons de nous préparer à ces sacrifices que vous attendrez de nous durant le prochain Carême, surtout de nous préparer à être toujours plus unis à votre propre Sacrifice pour que nous ne nous en écartions jamais dans le déroulement ordinaire de notre vie. Amen

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30 janvier 2017 1 30 /01 /janvier /2017 18:40

   La tempête sur la mer : Demandons-nous, d’abord, ce que cet Évangile signifie. Qu’est-ce qui a déterminé l’antique liturgie à choisir ce passage pour le dimanche que nous célébrons aujourd’hui ?

   a) y a-t-il dans l’apaisement de la tempête une « manifestation » du Seigneur ? Si le 2ème dimanche après l’Epiphanie, l’Église nous a présenté le miracle des noces pour nous montrer la gloire du Christ, c’est-à-dire sa divinité, le miracle d’aujourd’hui n’est pas moins propre à cette fin. Représentons-le nous. C’est la nuit. Les douze hommes rament. Soudain s’élève une tempête furieuse. Ces marins expérimentés connaissent sans doute la perfidie de la mer, mais cette fois, ils sont désemparés. Ils réveillent le Maître endormi. Jésus se lève, avec majesté et calme, il commande aux éléments en fureur et ceux-ci lui obéissent comme des chiens qui se couchent aux pieds de leur maître. Cette vision du Seigneur commandant avec puissance, les disciples ne l’oublieront pas de leur vie. C’était donc bien une « manifestation » du Seigneur. — Mais était-ce bien l’intention de l’Église de nous montrer cette manifestation ?

   b) Ou bien l’Église voulait-elle représenter dans cette tempête les persécutions et les combats auxquels elle est elle-même en butte ? La barque de Pierre a toujours été considérée comme une image de l’Église du Christ. Comme le petit bateau, l’Église est de tout temps ballottée par la tempête, mais « les portes de l’enfer n’ont pas prévalu contre elle ». On a sans cesse vu, au cours des siècles, le Seigneur, qui semblait endormi, se lever, commander aux vagues et à la tempête et faire apparaître le calme et la paix.

c) Ou bien pensons-nous à l’âme chrétienne en particulier ? Elle aussi est un petit bateau exposé à la rage du vent et des flots. Quel cœur chrétien est à l’abri des combats extérieurs et intérieurs ? Ce sont des afflictions de toutes sortes, des tentations, des souffrances, des persécutions. L’enfer conspire sans cesse contre le royaume de Dieu dans l’âme. L’Église pense-t-elle à ces tempêtes ? L’oraison du jour pourrait nous le faire croire, c’est une explication de l’Évangile.

L’ermite saint Antoine avait été violemment tenté par le démon, mais avait résisté courageusement. Il vit enfin briller une lumière et demanda : « (Où étais-tu, Seigneur ? » Une voix lui répondit : « J’étais là, Antoine, mais j’attendais pour voir ton combat ; puisque tu as courageusement résisté, je serai toujours ton aide. » Que cela soit une consolation pour nous, combattons vaillamment et, en temps voulu, le Christ viendra et commandera à la tempête.

   d) Pourtant l’Église a peut-être voulu nous faire entendre les premiers accents du drame de la Passion. La pensée fondamentale du cycle de Noël était celle-ci : Le Christ a fondé sur la terre le royaume de lumière. Maintenant l’Église nous prépare au cycle pascal, dans lequel nous verrons d’abord la lumière combattue par les ténèbres. Cet accent de la Passion se fait déjà entendre légèrement à travers le temps de Noël, aujourd’hui il retentit dans le mugissement des flots en fureur. Nous ne tarderons plus guère à voir le Sauveur environné des flots de la douleur, il sera englouti par eux, mais il sortira vainqueur.

   e) C’est peut-être cette dernière pensée qui nous rapproche le plus de l’intention de la liturgie. L’Évangile est une image du combat et de la victoire pascale du Christ. Chaque dimanche est un dimanche de Pâques. Chaque dimanche nous célébrons la mort et la résurrection du Christ en nous-mêmes. Alors même que, pendant la semaine, nous aurions été ballottés par la tempête et les flots, à la messe du dimanche le Seigneur monte à bord de la nacelle, il commande à la tempête et achève la victoire de sa Résurrection. Chaque dimanche notre âme s’approprie quelque chose de cette victoire pascale. Ainsi chaque dimanche est un anneau de la grande chaîne qui va du Baptême jusqu’au dernier combat et à la victoire finale.

   La vie chrétienne est une tempête sur la mer. Comme le bon Dieu traite parfois rudement ses enfants ! C’est qu’il n’est pas comme ces mères déraisonnables dont la tendresse consiste à caresser et à gâter leurs enfants. Il est le premier à appliquer le principe de la Sainte Écriture : Celui qui aime son enfant n’épargne pas la verge. Et c’est pour notre bien. Les enfants de Dieu supportent malles jours heureux ici-bas. L’histoire de l’Église et l’histoire particulière des âmes le prouvent.              

   Comme l’Église était grande au temps des persécutions ! Les chrétiens détestés, persécutés, méprisés extérieurement, étaient, parfaits et saints. Mais, au moyen âge, quand l’Église brilla de son plus grand éclat et que les empereurs et les rois la dotèrent de biens terrestres, la lumière intérieure pâlit de plus en plus. Oui, il est bon pour nous, chrétiens, que notre situation extérieure ne soit pas trop bonne. Il est vrai que nous avons besoin de ce que le Sauveur exigea de ses disciples pendant la tempête sur le lac : une foi forte et une ferme confiance en Dieu. « Pourquoi avez-vous si peu de foi ? » La grande souffrance, les grandes épreuves, la grande misère peuvent être un remède, mais aussi un poison. Certains trouvent dans les souffrances, de nos Jours, le chemin qui mène à Dieu ; mais, pour beaucoup, la crise économique est un poison qui apporte la mort de l’âme. Priez, mes frères, pour tous ceux qui sont éprouvés, afin que leur misère et leur souffrance les purifient et les sanctifient. Aimons à penser surtout et souvent à ceux qui sont, comme nous, membres du corps du Christ et qui sont en butte à la tempête sur la mer. Voyons tel enfant de Dieu, qui est, à cause de sa foi, condamné aux travaux forcés. Jour après jour, sans dimanche, sans messe, sans communion, il lui faut abattre des arbres ; il est à peine vêtu, mal nourri et, sous le fouet des soldats, il s’avance peu à peu vers la mort. Combien de fois ces pauvres gens doivent crier vers le ciel : « Seigneur, sauvez-nous, nous périssons. » Pour ces pauvres, qui sont en même temps des riches, nous devons prier, afin qu’ils demeurent forts, afin qu’ils soient vainqueurs. Car leur souffrance nous profite à tous. Ils accomplissent et achèvent ce qui manque au corps du Christ. Mais ce n’est pas seulement dans ces pays où sévit la persécution. Chez nous, dans notre entourage, il y a des « tempêtes sur la mer », il y a la misère et les autres souffrances qui anéantissent. Portons secours là où nous le pouvons.

   Cette semaine ce sera la Chandeleur. La procession se faisait jadis de nuit. Les enfants de Dieu s’avançaient autour de l’Église, un cierge à la main. Même de jour, il leur faut se défendre contre le vent qui essaie d’éteindre leur lumière. C’est l’image de la vie intérieure du chrétien. Le Chrétien est un porte-lumière, un porte-Christ. Depuis son baptême, il porte et entretient en lui la divine lumière de la grâce ; bien plus le Christ lui-même est dans son âme, en dépit de la nuit et des tempêtes du dehors. Sans doute, l’ennemi des âmes voudrait bien éteindre cette lumière et il souffle dessus de toutes ses forces. Ce sont là les tempêtes de la vie. Mais l’enfant de Dieu maintient sa lumière et continue de la porter. Dans la maison de Dieu, à l’Évangile et dans la communion, il reçoit un nouvel aliment et une nouvelle force pour entretenir cette lumière. Ainsi il pourra traverser les tempêtes de la vie et porter sa lumière jusqu’au temple de gloire, au ciel. Amen

 

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